A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

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dimanche 17 novembre 2013

Les bagnoles à Maman : La 4CV (2) X


Par un de ces petits matins pluvieux dont les premiers jours de juin ont le secret, nous avons pris la route en direction du soleil, symbolisé par la porte d’Italie.
Mon père qui était passé par hasard, voulant se rendre utile nous avait dit qu’il fallait sortir par la Poterne des Peupliers. Les interventions de mon père menant généralement à des catastrophes, nous aurions dû nous montrer circonspectes et nous ne tardâmes à regretter notre belle insouciance. La Porte d’Italie était déjà bien difficile à reconnaître défigurée qu’elle était par les énormes travaux de raccordement à ce qui serait l’autoroute du Sud. Quant à la Poterne des Peupliers, elle était bien indiquée par un seul et unique panneau mais manifestement, il avait été oublié là  et ne correspondait plus à grand-chose ; à rien en tout cas à ce que suggérait à mon imagination les mots poternes et peupliers. On ne voyait sur ce vaste chantier aucune forteresse et ce qui s’élevait à hauteur d’arbre étaient grues et bulldozers. Nous n’avions plus pour nous montrer la route que le soleil et comme je vous l’ai dit, ce matin-là, il pleuvait. Nous avions quitté Boulogne vers huit heures du matin et il n’était pas loin de midi quand nous avons enfin trouvé la Nationale Sept.
Certes, Trenet l’a chantée mais ce n’était pas une raison pour la suivre jusqu’en bas.  Je n’ai plus qu’une idée très vague du chemin parcouru avant de rejoindre la Route Napoléon. J’étais navigateur et je découvrais la difficulté de lire une carte quand on voyage en direction du sud et que la gauche devient la droite. D’autant plus que le temps des déviations commençait à sévir et je craignais tant de rater une direction que je voulais absolument passer par tous les villages prévus et ma mère me traitait d’andouille m’accusant de lui faire faire le tour de tous les monuments aux morts de Paris jusqu’à Lyon. Elle avait pourtant dit qu’on n’était pas pressées !
C’est après Lyon que l’enchantement a commencé avec le Vercors, puis les gorges du Verdon, Dignes, Castellane. Tout au début de la sinueuse descente qui mène de Barême à Castellane, la fourgonnette d’un boulanger nous doubla intempestivement et, dit ma mère, si c’était pour rouler comme un limaçon, il pouvait bien rester derrière. Une dizaine de virages plus loin, nous aurions bien embrassé le bon samaritain qui nous « faisait la route » ! Est-ce une coutume en montagne ? il y a trois ans en Ardèche une camionnette m’a rendu le même service.
Et nous avons continué, souvent au pas rythmé du son des cloches des moutons en  transhumance.. Je me souviens d’un nectar d’abricot à l’ombre des arcades à Sisteron et enfin de l’arrivée. La première vue de la mer, quand la route se fait bifide et la surplombe et qu’elle paraît entre une parenthèse de pins parasols, métallique et bleue, d’un bleu qui fait pâlir le ciel, d’un bleu qui absorbe le soleil… elle est là, on ne la touche pas encore… elle est là, en bas, elle nous attend.
Elle nous attend ourlée de la vaste pinède où l’on accède par un chemin de sable qui fend en deux un champ de hauts roseaux. Ne cherchez pas ce chemin, ne cherchez pas la pinède ; voici trois ans, une amie que j’accompagnais a tenu absolument à m’y conduire. Oh certes, La Favière existe toujours près du Lavandou, mais plus de chemin entre les roseaux, plus de pinède en bord de mer ; juste des rues des immeubles, du béton…
Retournons à ce mois de juin du début des années 60 et retrouvons les cigales, la senteur des pins et cet endroit sauvage où nous allions planter notre tente pour deux trop courtes semaines. Car la descente avait pris quatre jours et nous comptions bien ne pas nous presser plus au retour.
Une famille Mouton régnait sur ce lieu magique au temps où ma mère adolescente l’avait découvert et y régnait encore offrant à ses hôtes un confort discret qui leur laissait l’illusion de l’aventure. Pour nous aider à planter la canadienne et à décharger notre carrosse, l’aide ne manquait pas. J’avais quinze ans , ma mère pas encore la quarantaine et le méridional est galant. C’est après avoir sorti nos valises, la tente, ses piquets, quelques provisions et divers achats souvenirs de notre périple que le jeune Mouton commis à notre service se mit à inspecter l’intérieur et les abords de notre carrosse d’un air perplexe. Il cherchait le cric et la roue de secours qu’il ne retrouvait pas. Il aurait eu d’ailleurs bien du mal à le faire puisque c’était là le matériel superflu que ma mère avait remisé à la cave au matin de notre départ.


dimanche 10 novembre 2013

Les bagnoles à Maman- La 4CV X



A mi-parcours du chemin qui conduit de la trentaine à la quarantaine, ma mère se posa une question pertinente : de quelle utilité était dans sa vie un homme qui lui avait fait deux enfants dont elle devait assumer seule la destinée ?  un homme dont les disparitions inopinées ne l’inquiétaient qu’en raison des désordres en tous genres qu’engendraient ses réapparitions ?
Elle examina soigneusement toutes les réponses possibles pour arriver à cette dernière : quand il a une voiture en état de marche, il nous emmène le dimanche à la campagne.
« Eh bien, conclut ma mère, pour ça comme pour le reste, je peux fort bien y arriver sans lui ! »
Ma mère passa son permis de conduire, qu’elle obtint du premier coup… c’était dans les années cinquante… Succès qui me valut de nombreux sarcasmes quand bien des années plus tard, il me fut impossible de réussir le même exploit.
En possession de papier rose, ma mère fit l’acquisition d’une 4CV. Elle était bleue si mes souvenirs sont bons ; bleu clair.
Installée au volant et totalement maîtresse d’elle-même comme de tout l’univers routier, elle endommagea un certain nombre de véhicules sans que jamais sa responsabilité ne soit mise en cause, tant était grand son respect du code de la route nouvellement appris. Quand elle s’arrêtait sagement aux endroits obligés, était-ce sa faute si le conducteur qui endommageait son pare-choc arrière n’était pas comme il l’aurait dû, totalement maître de son véhicule ? Etait-ce sa faute si un imprudent sortait de sa voiture côté circulation et si la fringante 4CV emportait avec elle la portière ouverte ? avait-elle vraiment désiré qu’un camion-poubelle lui ouvre comme une boite de conserve  une des proéminentes ailes avant ?
Après avoir répandu la crainte dans les rues de Nancy, ma mère lassée de la province à l’esprit aussi étroit que ses rues, mit quelques effets dans un sac, le sac dans le coffre, mon frère en pension et moi-même chez des grand-mères, prit le volant et « monta » à Paris. Il serait plus juste de dire « remonta » ; elle y avait gardé des relations et trouva sans tarder un studio près de la Madeleine et un job chez Cardin, alors en pleine ascension.

Arriva le mois de juin, le mois où dans la couture, ceux qui travaillent au studio avec le créateur doivent prendre leurs vacances avant le rush de la collection. Mon frère n’avait pas terminé son année scolaire et grandes filles,  ma mère et moi nous mîmes en route pour le Lavandou où elle avait des souvenirs d’enfance : une vaste pinède en bord de mer où l’on pouvait planter la tente et vivre en sauvages, pieds nus, sans faire de cuisine avec juste un réchaud à alcool pour chauffer le café, la plage et la mer presque pour nous seules… mais avant d’aborder ce paradis, il fallait partir et sous une pluie battante enfourner valises et matériel dans le coffre et sur la banquette arrière, d’une 4CV… imaginez ! Ma mère avait bien entendu ôté de la voiture tout un matériel superflu qu’elle avait remisé à la cave…..