D'un Maghreb où s'érigeraient des églises catholiques, des temples luthériens, des synagogues.
D'un Afghanistan où de jeunes catholiques pourraient préparer un pèlerinage à Lourdes.
D'un Iran ou d'un Irak où des Loubavitchs pourraient se promener en papillotes.
D'un Pakistan où seraient organisées les prochaines JMJ.
D'un Islam sans charria, sans burqa, où mes sœurs musulmanes ne seraient ni lapidées parce qu'elles sourient sans leur voile, ni traitées en pestiférées sociales.
D'un monde sans Al Quaïda, où les traders salueraient encore les femmes de ménage mexicaines avant de prendre l'ascenseur, où l'on pourrait encore prendre une bouteille d'eau dans un avion.
Je mélange tout ? Je mélange tout, sans doute, en ces temps où l'identité nationale a des relents de gruyère et de lingots, en ces jours Zurich vaut bien un appel du Muezzin...
Mais quelque part, sans me compromettre ni vouloir risquer une lapidation, je comprends...
Je comprends qu'il convient parfois d'oser le courage, et de cesser les œcuménismes à sens unique... Je comprends la "Heidi touch", même si, populiste et rétrograde, elle nous renvoie à nos croisades et à notre peur du Sarrazin.
Car je suis fatiguée. Fatiguée de baisser les yeux quand je marche, légèrement terrorisée, dans un "quartier arabe", oh, pas à Jérusalem, non, juste chez moi, dans ma ville rose. Car j'en ai soupé de manger Hallal à la cantine de mon collège. Car j'en ai assez de croiser des étudiantes en burqa au département d'arabe jouxtant mon département d'allemand dans une université soit disant soumise à la loi sur la laïcité...
Car je suis une fille de Charlemagne et de Roland, de Saint-Louis et du chêne, car je suis La Pucelle et pas Fatima, car mes ancêtres, oui, sont Gaulois, celtes, vikings.
Ma vie n'est certes plus rythmée par l'angélus de l'aube et l'angélus du soir, mais en moi coule le sang des bâtisseurs de cathédrales. Et la colline de Vézelay, oui, m'est plus familière que la Pierre Noire de La Mecque.
Alors quand les petits Suisses disent tout haut ce que plein de monde pense tout bas, et au risque de froisser mes nombreux amis musulmans, mes amis poètes, artistes, enseignants, mon épicier, mes anciens voisins, j'ose l'écrire : restaurons nos églises, admirons nos vitraux, chantons quelques beaux cantiques, expliquons à nos écoliers ce qu'est Noël, au lieu de nous demander s'il est de bon ton de construire une mosquée dans chaque village !
J'écoute du Raï, je suis la reine du couscous, je ne vote pas Le Pen.
Mais:
Le jour où mes amies musulmanes ne seront plus lapidées au moindre pantalon dépassant d'une burqa, le jour où je pourrai bronzer en monokini sur les plages d'Agadir, le jour où une église se construira à Kaboul, alors là oui, j'oserai critiquer cette décision suisse de ne plus construire de minarets.
Sabine Aussenac.
Professeur d'allemand
Merci, Sabine et dans la foulée, cette réflexion:
Puisque la Force qui nous régit a dans sa grande sagesse induit les trois Religions Monothéistes à ne pas choisir le même jour pour célébrer leur culte, puisque nos églises catholiques sont, pour la plupart désertées, mal entretenues faute de prêtres et de moyens, pourquoi ne pas les ouvrir aux trois cultes?
Musulman le vendredi, juif le samedi, et chrétien le dimanche??
Il y aurait certainement des aménagements à faire: le Coran verrait mal les statues de nos saints par exemple; cependant avec quelques rideaux et pas mal de bonne volonté on pourrait trouver des solutions.
Et nos clochers sont-ils moins hauts que des minarets??
Curieusement, le curé qui dessert nos paroisses, et qui n'est pas spécialement libéral, a trouvé , quand je lui en ai parlé, l'idée intéressante...
PP