A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

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vendredi 19 juin 2015

Texte écrit par Fred Vargas en 2009


Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes. Mais nous y sommes.
la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, - attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille - récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie -une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisièmerévolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas
Archéologue et écrivain


En réponse à Fred Vargas

Oui, la Terre est malade ; la Nature souffre et moi qui croyais l’aimer j’ai contribué par négligence, insouciance, ignorance à lui faire du mal. Un examen de conscience s’impose:
Ai-je souillé son eau de pesticides ? non, ce n’est pas moi ; ce sont les agriculteurs ! Mais n’est-ce pas moi qui voulais des fruits, des légumes, gros, impeccables, sans taches, sans vers et sans limaces ???
Ai-je envoyé des fumées nocives dans l’air ? non, ce n’est pas moi, ce sont les usines, les industriels ! Mais n’ai-je jamais rien voulu de ce que produisent ces usines ?
Ai-je conduit trois voitures ? pas en même temps en tout cas et s’il n’avait tenu qu’à moi j’aurais un âne et une charrette. Et j’ai toujours voulu des voitures sobres, que j’ai soignées de façon qu’elles polluent le moins possible. Pas de rouge sur ce point là !
Ai-je vidé les mines ? De charbon, j’y ai contribué ; je suis si frileuse !
Ai-je mangé des fraises venues du bout du monde ? Oh, probablement et les Tagada qui font ma joie ne sont sans doute pas non plus bien écologiques..
Ai-je voyagé en tous sens ? Pas trop, certes, mais oui quand même…
Ai-je éclairé la nuit ? Pas moi , mais j’ai aimé les lieux où on le fait.
Ai-je porté des tennis qui clignotent ? Ah, non ! Quelle faute de goût !
Ai-je grossi ? Hélas oui !
Ai-je mouillé le désert ? Je ne pense pas .. la seule fois où j’y suis allée, j’étais étroitement surveillée…
Ai-je acidifié la pluie ? Je ne pense pas.
Ai-je crée des clones ? Même si je l’avais pu, je ne l’aurais pas fait !
Ai-je fait fondre la banquise ?? peut-être par ignorance y ai-je contribué.
Ai-je glissé sous terre des bestioles génétiquement modifiées ? J’espère bien que non !
Ai-je déplacé le Gulf Stream ? non, j’aurais bien trop peur qu’il nous abandonne.
Ai-je détruit des espèces vivantes ? jamais volontairement ! même les araignées qui parfois squattent la baignoire ont droit à mon respect.
Ai-je fait péter l’atome ? C’est pas moi !!!!
Ai-je enfoui dans le sol des déchets radio actifs ? Non, et même je trie consciencieusement mes poubelles et ce n’est pas toujours facile.
Ai-je biné des pommes de terre ? Oui, souvent. C’est aussi efficace que le gym en salle et les patates sont meilleures.

Et maintenant….
Que vais-je faire ???

Nettoyer le ciel ? Oui, si je peux.
Laver l’eau ? pourquoi pas.
Décrasser la terre ? Bien entendu si on m’en donne les moyens.
Abandonner la voiture ? Là, tout de suite, ce n’est guère possible. Réduire encore les déplacements, oui.
Figer le nucléaire ? Je suis pour.
Ramasser les ours blancs ? Dès que j’en vois un, je l’adopte.
Eteindre en partant ? Oui, mais là, il y a un gros effort à faire. C’est curieux comme ce qui semble le plus simple est parfois difficile à exécuter.
Veiller à la paix ? oui, en commençant tout près et là aussi ce sera dur !
Contenir l’avidité ? ah, oui, qui voudrait se dire avide ? Mais quelquefois…..
Trouver des fraises à côté de chez soi ? Parfaitement d’accord, mais prévenir aussi les oiseaux de mon jardin, pour qu’ils acceptent de partager.
Ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes… Pas de danger, le voisin n’en cultive pas !
En laisser au voisin ? Là encore c’est du ressort des oiseaux !
Relancer la marine à voile ? oui, et même le cheval pour les labours…
Laisser le charbon là où il est ? je me chauffe au bois… est-ce mal ?
Récupérer le crottin ? Bien entendu ! rien n’est meilleur pour toutes sortes d’usages !
Pisser dans les champs ? Oui, mais pour les filles, c’est moins facile !

Et voilà le travail ! J’ai mis en rouge ma culpabilité et en vert ma bonne conscience…
Eh, bien, les copains… Y’a encore du boulot !!





mercredi 24 octobre 2012

Depuis le temps qu'on vous le dit

On calcule que, pour procurer aux modistes les plumes et les cadavres entiers d'oiseaux que les femmes veulent sur leurs chapeaux, il faut tuer chaque année près de trois cent millions de créatures inoffensives, de créatures charmantes, de créatures utiles. Sans compter bien entendu, tout ce qu'on tue pour manger, tout ce qu'on tue pour le plaisir de tuer, de tendre un piège , de tirer un coup de fusil.
Il y a donc, parmi les animaux, un animal qui n'a pas de plus absorbante occupation que d'exterminer les autres. Le chat n'est cruel qu'aux souris; le tigre, symbole de férocité, ne déchire une proie que de temps en temps; l'homme tue sans arrêt.
Cependant,il n'arrivera pas à se trouver seul sur la terre, les oiseaux qu'il détruit, par exemple, cessent de détruire les insectes. Un chapeau de belle dame, qui représente la mort de trois ou quatre oiseaux, représente le salut de quelques milliards de bêtes nuisibles. Pour le plaisir d'empanacher nos femmes et nos filles, nous préparons les famines de l'avenir. Quand il aura fait disparaître ses meilleurs auxiliaires, l'homme disparaître lui-même devant la vermine, qui restera finalement maîtresse de globe.

NOS LOISIRS - 9 juin 1907


samedi 14 novembre 2009

Rose d'automne



Il y a quelques semaines, j’avais mis sur ce blog, l’image de la « dernière rose de l’année » et, devançant les gelées prévisibles à cette époque,  rentré en toute hâte géraniums et plantes d’intérieur qui avaient passé leurs vacances au jardin.
Les gelées se font encore attendre, et voici  que vient d’éclore une nouvelle rose, cadeau inespéré d’un automne trop doux, qui vient après un été trop sec, laissant présager un hiver pas assez froid, suivi de gelées tardives , etc…, etc…
Ces surprises sont dues de toute évidence au dérèglement climatique tant redouté sans que nous fassions réellement les efforts nécessaires pour, sinon l’enrayer, tout au moins le ralentir.
Cette rose d’automne dont le poète a dit qu’elle était « plus qu’une autre exquise » -ce qui tendrait à prouver que de telles surprises se sont déjà produites au temps d’Agrippa d’Aubigné (1552- 1630), et que pour autant toute vie n’a pas cessé sur notre planète.- cette rose tardive donc, est le symbole de la crainte de ce qui vient et dont on ignore la forme.
Le défunt Jean-Paul II répétait : « N’ayez pas peur. » Pourtant les images du malheureux ours blanc dont les poils collés laissent deviner des os qui flottent dans un corps dont toute graisse a disparu sont bien propres à flaquer la frousse. Un frousse pourtant pas assez forte pour décider chacun à trier ses déchets ou fermer les robinets, car on sait bien que quelque part des ours blancs en nombre suffisant pour perpétuer l’espèce sont en sécurité, bien nourris dans un environnement qui leur convient.
Nos savants comme Noë, embarquent dans leurs Arches un animal de chaque espèces afin de repeupler la planète au cas où…et d’ailleurs…. Comment se fait-il que toutes les religions, toutes les civilisations font mention dans leurs légendes d’un déluge ???
Désormais, quand une catégorie de vivant est en péril, le monde entier est averti et le nécessaire est fait pour la sauver. Naguère, on ne voyait plus de bleuets dans les champs ; un « observatoire des bleuets » a été fondé et on les voit désormais refleurir chaque été. Il en sera de même pour les ours blancs, les hirondelles ou encore les abeilles. Nous ne sommes plus au temps où les conquérants de la planète bouffaient jusqu’au dernier les malheureux dodos trop patauds pour leur échapper ; il n’en reste plus qu’une carcasse qui se déplume lentement au musée de Port-Louis, à l’île Maurice. Et même lui… qui sait si un jour avec un peu d’ADN ?...
Car les scientifiques travaillent ; ils auront des solutions n’en doutons pas. Eloignons de nous avec la crainte, le Doute à la face blême, aux yeux chassieux, aux bajoues tremblotantes, à la lippe molle et baveuse. Le monde changera,  mais la vie continuera. Et pourquoi craindre le changement ? Serait-ce si terrible de voir des oliviers pousser au nord de la Loire ?
Il y aura, c’est certain, des populations qui devront surmonter de terribles cataclysmes et nous devrons, nous autres privilégiés apprendre à surmonter nos égoïsmes. A partager, à cohabiter, à aimer ceux qui sont autres.
Je citais tout à l’heure ces vidéos montrant l’ours blanc ; il en circule d’autres montrant des animaux pleins de tendresse envers des espèces différentes. Ils en sont capables me direz-vous, car ils vivent dans des parcs animaliers où ils sont bien nourris et en sécurité. Leurs besoins vitaux satisfaits. Certes !
Ces images pleines d’amour et de bons sentiments vont-elles changer les mentalités ou ne convaincront-elles que ceux qui sont déjà convaincus ? L’Homme dont tous les besoins élémentaires seraient satisfaits, l’Homme en sécurité deviendrait-il comme ces animaux capable d’empathie ? Seulement, voilà : à partir de quand l’Homme estime-t-il ses besoins élémentaires satisfaits ? Quand l’Homme se sent-il en sécurité ? Quel est le niveau de quiétude à partir duquel l’Homme se sent capable d’empathie ? (Féministes mes sœurs, entendez quand je dis homme, la race humaine mâles et femelles confondus ; chercher un autre terme ne changerait en rien notre sort. Il a été choisi en un temps où les hommes en majorité détenaient le savoir ce qui… mais ceci est un autre débat qui n’a rien à faire ici..)
Dans nos pays occidentaux où les plus pauvres sont riches en regard de la misère qui règne en d’autres points du globe, le partage sera-t-il spontané ou faudra-t-il légiférer ? ou pire : contraindre ?
Cet avenir dont nous ignorons encore la forme, c’est à nous de la façonner, nous en ferons selon nos comportements,  l’enfer ou le paradis ou tout simplement une terre habitable pour tous. Comme… vous savez…, cette usine désaffectée, qui abandonnée peut devenir le repaire de bandes dangereuses, alors que confiée aux soins d’un bon architecte, elle sera  une cité radieuse.
J’ai sous les yeux une sorte de boite en bois qui vient des Philippines ; elle a la forme d’une courge et sert depuis des années à stocker des clés. Des clefs de toutes tailles, de toutes formes et de toutes époques. Certaines n’ouvriront plus jamais rien ; les portes, malles ou tiroirs qu’elles commandaient ont depuis longtemps disparu. Il y a aussi d’autres portes dont la clef est là perdue au milieu des autres.
Il ne faut pas jeter ces clefs ; qui sait quel trésor elles peuvent aider à découvrir.