A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

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vendredi 1 août 2014

Bon anniversaire


La comtesse de Ségur n'a pas raconté que des histoires de petites filles qui ne peuvent plus guère servir de modèles aujourd'hui. Elle a décrit à peu près toutes les couches de la société de son temps: le Second Empire. Elle avait des préoccupations qui sont encore les nôtres aujourd'hui, le travail le dimanche par exemple.

Sophie de Ségur, (née Rostopchine, elle n'avait garde de nous le laisser oublier), s’est toujours sentie étrangère au « grand monde » qui ne l’a acceptée qu’avec condescendance. Elle admet que ces gens se sentent supérieurs sans comprendre vraiment en quoi. En revanche, ce qu’elle déteste absolument, ce sont les bourgeois et les parvenus ; les gens dont la seule valeur est la richesse. Elle a ce snobisme suprême de préférer un paysan ou un ouvrier au grand cœur et au raisonnement droit, à un riche sans finesse ni éducation. En réaction contre la bourgeoisie d’argent, l’extrême droite chrétienne à laquelle elle appartient, se préoccupe du sort des classes défavorisées. Dans Diloy le Chemineau, le général d’Alban, un des avatars de Fédor Rostopchine son père, et aussi de Philippe de Ségur, (l'oncle de son mari qui fut aide de camp de Napoléon1°),fulmine contre « Messieurs les fabricants » qui ne respectent pas les jours de repos de leurs ouvriers, les empêchant ainsi, et c’est le plus grave, d’aller à la messe.

« - Voyons, mon brave garçon, assois-toi et dis moi quelle est la place qu’on t’a offerte ?
C’est chez un fabricant de chaussons, monsieur le comte ; on m’offre le logement, le chauffage et deux francs cinquante par journée de travail.
-De combien d’heures la journée ?
-Douze heures, monsieur le comte.
-C’est deux de trop. As-tu les dimanches et fêtes ?
-Ce n’est pas de droit. On peut exiger que je travaille dans les temps pressés.
-Et c’est toujours temps pressés pour MM. Les fabricants. Et les enfants, les occupe-t-on ?
-Quand ils ont dix ans, monsieur le comte, on leur donne de l’ouvrage à cinquante centimes par jour.
-Le travail est-il fatigant, difficile ?
-Sauf qu’on est assis tout le temps du travail, ce n’est pas trop dur.
-Et les enfants, travaillent-ils dehors ?
-Non, monsieur le comte, à l’atelier ; ils ne sortent pas.
-Et ont-ils leur dimanche ? peuvent-ils aller au catéchisme, à l’école, dans la semaine ?
-Pas quand on a besoin d’eux.
- Et on aura toujours besoin d’eux….Surtout quand le chef est un homme sans foi ni loi. Je connais ce chef de fabrique, M. Bafont. C’est un gueux qui ne croit à rien, qui ne songe qu’à gagner de l’argent. Il se moque de l’ouvrier et de sa moralité… »


Sophie l'aristocrate fut la grande amie - et peut-être davantage- d'Eugène Sue. Quand ses convictions socialistes envoyèrent en prison l'auteur des Mystères de Paris, elle fut contrainte sous la pression de son entourage de cesser de le recevoir . Que seraient devenues les Petites Filles Modèles si la Comtesse de Ségur avait osé laisser parler son coeur???

Elle aurait aujourd'hui 215 ans. Bon anniversaire, chère Sophie.


dimanche 19 août 2012

Elle l'a bien mérité...




Parmi tant de statues inutiles dont on encombre nos jardins, nos squares et nos carrefours, il est question d'en élever une qui recevra les hommages de tous les enfants: c'est la statue de la comtesse de Ségur.
elle écrivit, pour sa petite famille, des histoires qui ont fait les délices de plusieurs générations.
On n'imagine pas, à moins de l'avoir essayé, combien il est difficile d'écrire pour les enfants. De très nombreuses publications, des entreprises d'édition considérables s'adressent uniquement à cette clientèle; et dans un pays où les grandes personnes lisent de moins en moins, le public d'âge scolaire sera bientôt le principal consommateur. Cependant, il trouve rarement les produits qui lui conviennent.
La plupart des livres qu'on achète aux enfants leur semble moins destinés qu'à leurs parents; même la pauvreté de l'inspiration et de la composition ne réussit pas à les rendre puérils. Ils sont ineptes, ou pédants, ou maladroits, ou tendancieux; ils ne sont presque jamais empreints de l'esprit de bonté, de franchise, de gaieté cordiale qui a tant de prise et tant d'effets utiles sur le jeune lecteur.
La comtesse de Ségur avait trouvé la note vraie, et bien peu de ses imitateurs l'ont retrouvée. Assez d'écrivains malsains et malfaisants ont un monument sur nos places, pour qu'on accorde le même honneur à une femme de bien.

NOS LOISIRS - 28 avril 1907

samedi 24 juillet 2010

ALMANACH MERVEILLEUX -JUILLET-Semaine 4 Jour 2 CONTE


En canicule, point d’excès,
En aucun temps, point de procès


CUIR DE RUSSIE


Sur la lande bretonne des loups chantent la pleine lune. Dans la chambre haute d’un manoir, une vieille dame les écoute. Elle ne peut pas dormir ; un vieux cœur fatigué l’étouffe ; l’empêche de bouger, de marcher, de vivre… D’ailleurs, elle ne vivra plus longtemps ; bientôt elle sera libre… Libre comme les loups.
Ceux là sont peu nombreux ; un couple et quelques jeunes. Du train où on les chasse, il n’y en aura bientôt plus
 Elle ne craint pas les loups ; elle n’aime pas les chasseurs.
L’hiver, les loups affamés hurlaient par centaines dans les forêts de son pays natal ; on les voyait galoper sur les plaines glacées. Il fallait aux voyageurs une solide escorte pour leur échapper. Parfois même, devait-on leur livrer un cheval.
C’est ce qu’on racontait , ce qu’elle a raconté .
Mais jamais son père le gouverneur n’aurait sacrifié un seul des cent chevaux de son haras.  Quand il  voyageait, avec ou sans sa famille, plusieurs dizaines de cavaliers armés accompagnaient son traîneau et ceux de sa suite. C’était toujours escorté de cette véritable armée que se déplaçait le général-comte R…  gouverneur de la capitale et sa famille . Des loups n’auraient jamais osé menacer un tel équipage.
Les loups sont craintifs ; les bergers le savent bien et elle aussi. Dans son premier roman une des petites filles modèles le dit: « les loups sont poltrons » Il  suffit de claquer les sabots l’un contre l’autre pour les faire déguerpir ; et puis, ils ont peur des chiens.
Ce sont les lévriers de sa mère qui ont fait fuir ceux qui …. Mais à vrai dire ce n’étaient pas des loups. Les loups qui emportent la petite fille c’est dans le roman… La vraie histoire, elle s’en souvient : elle avait quatre ans. Sa mère lui avait dit qu’elle était assez grande désormais pour l’accompagner dans ses promenades en forêt.
« Mais prend bien garde, avait-elle ajouté, tu sais que je marche vite ; ne traîne pas en arrière, ne rentre pas dans le sous-bois, reste bien sur le chemin près de moi et des chiens. »
Et c’est vrai qu’elle marchait vite, la mère de Sophie ; la petite trottinait derrière faisant quatre enjambées pour une de sa mère. Sa mère si belle, si élégante, si sévère. Et l’écart se creusait ; les chiens joyeux bondissaient d’avant en arrière. Et la petite voyait la silhouette maternelle de plus en plus loin sur le chemin ; un bouffée de désespoir lui monta au cœur : elle en eut la certitude, sa mère l’avait emmenée en forêt pour la perdre. Pas parce qu’elle ne pouvait plus la nourrir comme Hansel et Gretel ou le Petit Poucet ; ses parents étaient riches. Mais parce qu’elle ne voulait plus d’elle. Elle en avait assez de la punir sans jamais l’améliorer.
« Taisez-vous bavarde ! On ne comprend rien à vos histoires ! » Elle aimait tant raconter des histoires !
« Vilaine menteuse ! Qu’avez-vous encore inventé ? » Elle ne croyait pas mentir ; elle arrangeait juste un peu la réalité pour la rendre plus belle.
« Montrez-moi vos mains, vilaine gourmande, petite voleuse ! ». Mais les bonbons, les fruits confits , les gâteaux qui sont là sur les tables, quand on a faim, c’est tentant !
« Voulez-vous bien rester un peu tranquille, ne courez pas, ne grimpez pas partout ! Comportez –vous comme une petite fille sage ». Mais les garçons, eux ont le droit de courir, de grimper aux arbres et elle peut le faire aussi bien qu’eux !
« Calmez-vous mademoiselle le coléreuse et filez dans votre chambre ». Comment ne pas se mettre en colère parfois, quand on vous reproche chaque geste que vous faites ?
Et pourtant, elle voudrait tant devenir telle que sa mère la souhaite !
C’est trop tard désormais, elle va rester dans la forêt ; devenir la proie d’une sorcière, ou d’un ogre qui l’engraissera avant de la manger. Le chagrin lui pique les yeux ; devra-t-elle sacrifier les deux gimblettes qu’elle a dans sa poche ? les émietter pour retrouver son chemin. Inutile ; les oiseaux mangeraient les miettes ; il vaut mieux les garder pour plus tard, quand elle aura faim. Elle a d’ailleurs un petit peu faim déjà. Elle trotte pour rattraper sa mère, mais à travers ses larmes elle voit le long du bois des points rouges et cette odeur, fruitée, sucrée, pas de doute ce sont des fraises ! elle adore les fraises…
Ne pas rester en arrière, ne pas s’écarter du chemin… oh, juste une ou deux fraises et d’ailleurs elle sait que sa mère se rend chez son fermier ; elle n’aura qu’à courir. Elle s’accroupit… un ou deux fraises… Mais il y en a plein… elle suit les fraises dans le sous-bois…
Un autre enfant a vu aussi les fraises… Un enfant de sa taille mais qui n’a  que quelques mois…
Qu’il est joli ce nourrisson poilu, tout brun, tout velouté, un gros jouet et Sophie veut le toucher, le caresser, mais elle lui fait peur. Le bébé crie et la mère se précipite. Elle est là dressée devant la petite fille, griffes en avant gueule ouverte sur des dents énormes. Sophie accroupie le contemple médusée. Elle a peur un peu,  mais ne panique pas ; elle a entendu les chasseurs raconter : devant un ours, on ne doit pas bouger.
L’ourse gronde, une galopade effrénée casse des branches mortes, les chiens aboient, mettent en fuite la mère et l’ourson.
Et l’autre mère surgit alors ; elle s’empare de sa fille, la gifle à toute volée et dans le même mouvement la serre farouchement contre elle. De cette étreinte, Sophie devra se souvenir toujours, car elle ne recevra guère d’autre manifestation d’amour .