A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

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mardi 18 mai 2010

ALMANACH MERVEILLEUX - MAI Semaine 3 Jour 7 LES METIERS



S’il pleut le jour de Saint Lenfroi
Foin dans le pré n’est pas à toi.


LA MIDINETTE

Qui sont les midinettes ?
Des lectrices assidues de « romans de gare » sentimentaux, de la collection Harlequin et de Barbara Cartland ?
Celles qui écoutent larmes montant du cœur jusqu’au yeux, André Rieu et Didier Barbelivien ?
Où qui sont devenues membres à part entière , partageant heurs et malheurs des familles des sagas télévisées ?
Les filles de celles qui naguère ne manquaient pas un numéro de « Nous Deux » ou « Confidence » ?
Pas seulement !
A la « Belle Epoque » qui ne fut  pas belle pour tout le monde, les employées , petites mains ou vendeuses des maisons de couture du quartier Saint Honoré et de la Rue de la Paix, pour cause de manque de temps et d’argent se nourrissaient mal. Leur déjeuner pris sur le pouce dans l’atelier, en libérant un coin de table du travail en cours soigneusement protégé, était composé la plupart du temps « d’un hareng et de deux sous de frites ».
De riches clientes se sont émues de la maigreur et de la criante mauvaise santé de ces jeunes filles dont beaucoup étaient phtisiques.
Afin de leur assurer au moins un repas décent par jour, car nombre d’entre elles n’étaient guère mieux nourries dans leurs foyers,elles fondèrent à leur intention les « Œuvres de Midi de Saint Germain l’Auxerrois » :un service social qui réclamait en outre une heure de repos pour leur laisser le temps de déjeuner.
Les couturiers n’étaient pas des monstres et, en fournisseurs soucieux de ne pas mécontenter leur clientèle, la grande majorité d’entre eux y souscrirent volontiers. On vit alors,  vers midi, se répandre dans le quartier des essaims de jolies filles que l’absence de moyens contraignait à la véritable élégance, au chic sans clinquant ni ostentation : les « midinettes ».

Puis vint la « Grande Guerre ». En 1917, la clientèle fortunée avait d’autres préoccupations que ses toilettes. Voyant leur chiffre d’affaires baisser, les couturiers voulurent imposer à leur personnel une demie journée de chômage obligatoire non rémunérée, le samedi.
Refus massif du personnel qui réclame alors la « semaine anglaise », la vraie, intégralement compensée, plus une indemnité de « vie chère ».
Dès le mois de mai, des centaines de jeunes femmes sont dans la rue. De plus, tandis que les hommes sont au front, les femmes travaillent à leur place, si bien que la revendication s’étend aux autres professions. Un journaliste de l’Humanité relate que le 16 mai elles sont 3000 et dix mille quelques jours plus tard, soutenues par les chauffeurs de taxi et les cochers de fiacre qui les transportent gratuitement au siège de la CGT, rue de la Grange aux Belles qui n’a jamais si bien porté son nom.
L’ambiance est tout à fait joyeuse et piou-piou puisque de soldats en permission accompagnent leurs fiancées et marraines de guerre en chantant :

« On s’en fout,
On aura la semaine anglaise !
On s’en fout,
On aura les 20 sous ! »

Mais les joyeux fiancés devront repartir au front et on sait ce que ce mot signifiait, aussi les « midinettes » ajoutent-elles la paix à leurs revendications.

Le mouvement gagna la province. On m’a raconté qu’à Nancy, ma grand-mère, alors « première » au Caprice, la meilleure maison de mode de la ville, avait été invitée avec tout son atelier, à un meeting afin d’y prendre la parole et d’exposer les revendications des modistes.
Le président de séance la présenta en ces termes :
« Nos gentilles midinettes sont ce qu’elles sont, cependant….
Et la suite de la phrase restera à jamais ignorée, car Lucienne Humbert étirant son mètre 55 assez pour toiser l’orateur qui la dépassait d’une tête, la veine bleue de son menton (qui plus tard, sèmerait la terreur parmi ses fournisseurs, son personnel et jusqu’au sein de sa famille), cette veine bleue palpitante, elle lança :
« Monsieur, les gentilles midinettes vous donnent le bonsoir ! Venez, Mesdames ! »
Et le bataillon de jeunes femmes en toilettes de printemps et chapeaux fleuris, gagna dignement la sortie.
Lucienne Humbert était modiste, sympathisait avec les midinettes, mais n’admettait en aucun cas, et n’a jamais admis, qu’on se serve de ce terme pour dévaloriser son métier et celles  dont l’agilité manuelle en faisaient la dignité.




mardi 13 avril 2010

ALMANACH MERVEILLEUX - AVRIL Semaine 3 – jour 7- LES METIERS

Avril a trente jours
Mais s’il en avait trente et un
Nul ne serait chagrin.


Les bijoux fantaisie-


Il y avait dans un immeuble du quai Malaquais, au troisième étage au fond de la cour, un atelier extraordinaire. Là, sur de longues tables, étaient entassés en vrac, des bijoux d’or et d’argent, des perles, des pierres de toutes couleurs ; des trésors de pirates ; des coffres issus de contes orientaux. Les bienveillants dragons qui gardaient ces trésors en offraient toujours quelques parcelles à une petite fille éblouie, autorisée pour quelques instants à se parer de ces merveilles.
Le lieu était aussi magique que ce que l’on y voyait : de hauts meubles de bois sombre, des plafonds caissons décorés de fleurs et d’animaux et j’ai su depuis qu’il abrita les amours neuves de Georges Sand et de Musset.  On y fabriquait des bijoux pour le théâtre. Du « toc » estiment certains méprisants.
Evidemment, rien à voir avec les précieux bijoux exposés sagement dans les vitrine blindées des joailliers de la place Vendôme. Ces derniers ont eux, de la « valeur ».
Et les autres ?
Quelle est la vraie valeur d’un bijou ?son pouvoir embellisseur, sa valeur émotionnelle de souvenir ? ou sa contrepartie en monnaie ? à quoi servent des merveilles enfermées dans des coffres alors que leurs propriétaires, redoutant le vol, portent la plupart du temps leurs copies… en « toc », justement ?

Et au fait… qui porta le premier bijou ? Le chasseur qui fit de la griffe ou la dent du fauve terrassé, un talisman, une mémorisation de son courage ? ou sa compagne qui assembla des graines ou des coquillages sans autre souci que celui de se faire plus belle ? qui en premier les échangea pour en faire un gage d’amour ?

Et puis les hommes firent les bijoux en or. C’est beau, l’or ! ça brille et aussi il se laisse travailler facilement, il ne s’altère pas et … comme  il est rare, il ajoute une valeur à la parure. On ne tarda pas à ajouter les pierres précieuses : le diamant, le rubis, l’émeraude et le saphir ; et les semi-précieuses aux couleurs innombrables. Et les perles, le corail, l’écaille, l’ivoire, les coquillages taillés en camées. Tout cela valait fort cher. Aussi très vite, les plus modestes apprirent à colorer le verre, à donner de l’éclat à des métaux plus « vils » que l’or et l’argent. Désormais, plus besoin de fortune pour se parer. On fit des lois : interdiction pour le bon peuple de rivaliser avec la noblesse et de porter riches étoffes et bijoux précieux. Ce bon peuple porta des copies et ses femmes n’en furent pas moins belles.

Toutefois la joaillerie continuait de mépriser son imitation, quand au XIX° siècle, le verrier Lalique (entre autres) inventa le bijou « artistique » dont la valeur n’avait rien à voir avec les matériaux dont il était composé. Seule sa beauté lui donnait un prix.

Enfin, dans la première moitié du XX° siècle, deux femmes de génie : Coco Chanel et Elsa Schiaparelli conseillèrent aux femmes,  enchantées de l’idée, de mélanger le « toc » et le « vrai ». Plus moyen de s’y retrouver !
Si… quand même… Si vous rencontrez une moderne Castafiore, parée comme un arbre de Noël, vous pouvez présumer que de tous ses joyaux, les vrais ne sont pas les plus gros.



mardi 16 mars 2010

ALMANACH MERVEILLEUX - MARS- Semaine 3 – jour 7- LES METIERS

S’il pleut à la Saint-Benoît,
Il pleuvra 37 jours plus 3.

La mercière-


Entre la luxueuse avenue Montaigne et le prestigieux faubourg Saint-Honoré, tournent autour du rond point des Champs-Elysées  de nombreuses petites rues que l’on parcourt  en voiture, sans vraiment les considérer, avec l’obsession fébrile d’y trouver une place pour stationner.
Il existait naguère dans ces rues méconnues, une foule de petits commerces et artisanats ignorés de ceux qui fréquentent les « grandes maisons », mais bien connus de ceux qui y travaillent.
Ainsi, rue de Ponthieu, dans une échoppe tenant du couloir biscornu plus que du magasin, Madame Jules fumait sa pipe. Etait-ce son nom ou bien un sobriquet que lui avaient valu sa voix de rogomme et son inamovible bouffarde ? Peu importe. Madame Jules était mercière.
Ses clients portaient les plus grands noms de la mode mais on ne les y voyait jamais. Leurs émissaires étaient des gamines nouvellement arrivées de province ou de banlieue, toutes imbues de ce grand nom qu’elles représentaient et qui les intimidait encore. Elles venaient là, envoyées au « réassort » par Mme Agnès, flouteuse chez Dior, Mr Jean, tailleur chez Saint-Laurent ou Mme Nicole, modiste chez Cardin. Avec à la main un échantillon d’étoffe, elles devaient dénicher le fil ou le grosgrain dont la couleur « collerait » exactement. La crainte de l’erreur, souvent paralysait leur choix. Le boyau qui servait d’échoppe à Mme Jules était mal éclairé et la rue de Ponthieu assez peu lumineuse quand on allait « voir au jour ». Les commentaires de la « première », voire de tout l’atelier pouvaient être cinglants en cas d’erreur. Trop d’erreurs accumulées risquaient de chasser la novice loin de ces paradis où elles rêvaient de passer les épingles lors de l’essayage d’une célébrité.
Mais l’œil de Mme Jules derrière ses grosses lunettes et en dépit de la pénombre qui régnait dans son antre, était infaillible. Et si son conseil était peu amène – l’arpette se faisait souvent traiter de gourde ou d’empotée-, il était toujours judicieux.
Au retour dans l’atelier, il était vain pour la gamine d’espérer des éloges ; elle n’avait fait que « son boulot ». On ne félicitait jamais une apprentie ; sa seule récompense était de se voir enfin confier un travail un peu délicat, avec l’angoisse recommencée d’être ou ne pas être à la hauteur du « nom » auquel elle consacrait ses journées.

 P.


dimanche 21 février 2010

ALMANACH MERVEILLEUX - FEVRIER - Semaine 3 – jour 7- LES METIERS



S’il neige à la Saint-Pierre
La vigne est réduite du tiers


PARURIER-FLEURISTE


On l’appelait « La Dame aux Camélias ». Marie Duplessis dans la vie, Marguerite Gautier dans le roman, Traviata à l’opéra, portait tout au long de l’année, un bouquet de ces fleurs dont la couleur variait du blanc au rouge en fonction de son humeur, ou disait-on de sa disponibilité. Il est vraisemblable qu’à certaines saisons elle ait du avoir recours aux fleurs artificielles.
Le camélia se copie fort bien en soie ou en satin et les paruriers-fleuristes si nombreux au dix-neuvième siècle étaient et sont toujours gens fort habiles. C’était d’ailleurs le métier d’une autre héroïne d’opéra, la tendre Mimi de La Bohème.
Le camélia frais ou artificiel ornait plus couramment et solitaire, les boutonnières des messieurs. Bien des décennies plus tard, Gabrielle Chanel, qui n’hésita jamais à détourner le vêtement masculin pour notre plus grand confort, en fit la fleur fétiche de ses collections.
Juste après la dernière guerre, Christian Dior prit lui, le muguet pour emblème puisque la tradition veut qu’il ait offert, pour le lancement de son parfum à senteur de muguet Diorissimo, un brin porte-bonheur à chaque cliente . Depuis le muguet a figuré sur nombre de produits porteurs de la griffe. Il fallait bien qu’à certaines saisons, le muguet fût artificiel.
Par ailleurs, depuis la Haute Egypte en passant par Rome et notre Moyen-Age, les femmes et parfois des hommes ont aimé orner de fleurs leurs chapeaux.
Nombre de portraits de Marie-Antoinette la représentent portant les créations fleuries de sa modiste, Rose Bertin. La Comtesse de Ségur qui inventa Madame de Fleurville ornait de roses ses chapeaux.
Les couturiers comme les modistes ont toujours eu recours aux paruriers-fleuristes dont les ateliers pour la plupart, dans les années 1950- 1960, étaient établis entre l’Opéra et la Bourse dans le quartier du Quatre Septembre, qui par le Passage Choiseul descend jusqu’au Palais Royal.
Souvent situés en entresol, les ouvrières fleuristes étaient assises de part et d’autre de longues tables éclairées chichement par des  fenêtres en arc-de-cercle et plus largement par la lumière électrique et jonchées de pétales multicolore faites de soie, de satin, de velours, d’organdi. Il fallait trois années d’apprentissage pour former celle qui à la place la plus lumineuse, les assemblait en roses, pivoines, coquelicots, orchidées. Les doigts agiles ne dispensaient pas de bonnes connaissances en botanique,  chaque fleur étant montrés à différentes étapes de sa vie, chaque tige , chaque feuille correspondant à son espèce. Seuls les parfums de muguet, rose ou violette étaient supplantés par les puissantes odeurs de colle, d’apprêt, ou de térébenthine.
On chantait beaucoup dans ces ateliers, on y travaillait encore plus ; il n’était pas rare que pour un grand mariage ou un défilé de Haute-Couture les ouvrières passent la nuit pour assurer la livraison du lendemain.
Quand ma mère ou ma grand-mère, modistes, m’emmenaient chez ces fournisseurs,  la petite fille émerveillée que j’étais repartait rarement sans une rose ou un bouquet de violette offert par la maison.
P.