A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

Affichage des articles dont le libellé est Proust. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Proust. Afficher tous les articles

lundi 4 janvier 2016

Lire et relire

Tant pis, j’abandonne ! je m’étais pourtant juré d’aller jusqu’au bout et j’y étais presque mais vraiment, vraiment ces gens-là ne m’intéressent pas, leur « monde »  n’est pas le mien ; le narrateur m’est antipathique : égoïste, soupçonneux, jaloux, snob, geignard…. Et puis cette façon de nous barber pendant trois pages pour un ressenti qu’on a le plus souvent du mal à partager… pas si bien écrit qu’on veut nous le faire croire….
Ah ! ça me rase, ça me rase , me plaignais-je… pourtant c’est un chef d’œuvre, il faut l’avoir lu c’est certain, tout le monde l’admire…
La plupart de ceux qui l’admirent n’en ont lu que des extraits me répondit mon interlocuteur principal… Et j’allais entamer la dernière partie quand, considérant la pile de bouquins en stand bye sur leur étagère, j’ai abandonné … c’était hier au soir…
Ah et puis le narrateur est menteur aussi ; raison pour laquelle il accuse tout le monde de lui mentir…
Oui , il raconte vraiment n’importe quoi ! Essayez donc, vous autres comme je l’ai vérifié de tremper une madeleine dans une tasse de thé ! Vous obtiendrez quoi ? une sorte de bouillie que vous aurez bien du mal (dans le meilleur des cas) de porter à la bouche sans vous en répandre sur le jabot !
Est-ce bien la peine de vous dire quelle grande œuvre je viens d’abandonner avant son dernier volume ?

vendredi 13 décembre 2013

Mots d'Auteurs

Jean trouvait autant de plaisir qu'à aller au Jardin des Plantes voir les phoques des mers d'Islande ou la girafe de Numidie, à goûter la saveur spéciale de ce poème si particulier que la nature écrit en chair, en cheveux, en accent, en parfum de thé ou en esprit d'association, et qui s'appelle une Anglaise.

Marcel PROUST (1871-1922), Jean Santeuil

vendredi 30 août 2013

Lire et relire...

"Mademoiselle Albertine est partie!" Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie! Il y a un instant, en train de m'analyser, j'avais cru que cette séparation sans s'être revus était justement ce que je désirais, et, comparant la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu'elle me privait de réaliser (et auxquels la certitude de sa présence chez moi, pression de mon atmosphère morale, avait permis d'occuper le premier plan dans mon âme, mais qui à la première nouvelle qu'Albertine était partie ne pouvaient même plus entrer en concurrence avec elle, car ils s'étaient aussitôt évanouis), je m'étais trouvé subtil, j'avais conclu que je ne voulais plus la voir, que je ne l'aimais plus. Mais ces mots: "Mademoiselle Albertine est partie" venaient de produire en mon coeur une souffrance telle que je sentais que je ne pourrais pas y résister plus longtemps; il fallait la faire cesser immédiatement; tendre pour moi-même comme ma mère pour ma grand-mère mourante, je me disais, avec cette même bonne volonté qu'on a de ne pas laisser souffrir ce qu'on aime: "Aie une seconde de patience, on va te trouver un remède, sois tranquille, on ne va pas te laisser souffrir comme cela."
Oui, tout à l'heure, j'avais cru que je n'aimais plus Albertine, j'avais cru ne rien laisser de côté, en exact analyste; j'avais cru bien connaître le fond de mon coeur. Mais notre intelligence, si lucide soit-elle, ne peut apercevoir les éléments qui le composent et qui restent insoupçonnés tant que,  de l'état volatil où ils subsistent la plupart du temps, un phénomène capable de les isoler ne leur a pas fait subir un commencement de solidification. Je m'étais trompé en croyant vois clair dans mon coeur. Mais cette connaissance,  que ne m'auraient pas donnée les plus fine perceptions de l'esprit, venait de m'être apportée, dure, éclatante, étrange comme un sel cristallisé, par la brusque réaction de la douleur. J'avais une telle habitude d'avoir Albertine auprès de moi, et je voyais soudain un nouveau visage de l'Habitude. Jusqu'ici je l'avais surtout considérée comme un pouvoir annihilateur qui supprime l'originalité et jusqu'à la conscience des perceptions; maintenant je la voyais comme une divinité redoutable, si rivée à nous, son visage insignifiant si incrusté dans notre coeur, que si elle se détache, si elle se détourne de nous, cette déité que nous ne distinguions presque pas nous inflige des souffrances plus terribles qu'aucune et qu'alors elle est aussi cruelle que la mort.

PROUST