A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

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lundi 16 février 2015

Lire et relire

Bouddhas et cavaliers

Des fanatiques ont cru indispensable de détruire des symboles d'une philosophie qui,  plus qu'une autre enseigne la tolérance. Les deux bouddhas géants de la vallée de Bâmyan ont disparu; reste leur souvenir.
Si vous voulez en savoir plus sur les deux géants, la découverte du site, les aventures des archéologues et la passage de la croisière jaune dans la vallée, lisez "Les Bouddhas d'Aghanistan" de Pierre Centlivres.
Et dans la foulée, profitez de ce qui vous reste de vacances pour relire -ou découvrir- "Les Cavaliers", de Joseph Kessel.
C'est au chapitre V qu'il raconte la vallée de Bâmyan et les deux colosses nichées dans la falaise:
"Le soleil arrivait au milieu du ciel. Ils faisaient route depuis l'aube, aisément. La piste n'avait cessé de monter, mais d'une pente égale, à travers des boqueteaux de peupliers, des petits champs de blé et de fèves, parfois des vignes. L'eau abondait. Rus, ruisselets, ruisseaux, petites rivières tenaient le sol dans un filet brillant. Même en terrain rocheux, l'herbe perçait, drue et gaie. Les maisons se rassemblaient en hameaux et l'on croisait de plus en plus de gens. Ces passants étaient sérieux et affables. Ils saluaient les voyageurs du geste, de la parole.....
... Les voyageurs débouchèrent alors sur la gorge creusée à l'aube des siècles par la rivière de Bamyan et là s'arrêtèrent: ils ne savaient plus ce qu'ils éprouvaient.
Le monde subitement était en feu. Les rayons du soleil couchant qui prenaient en enfilade l'entaille énorme avaient moins de part dans cet incendie que la couleur de la pierre elle-même. De la base au sommet et à perte de vue, rouges étaient les murailles à pic entre lesquelles écumait et chantait la rivière. Rouges, Les colonnades , frontons, portiques, reliefs et fissures. Chaque arête, chaque pli brûlaient, étincelaient de vermillon, de pourpre, d'écarlate. Quand la paroi était lisse, des flammes en jaillissaient, comme si elles étaient renvoyées par de gigantesques miroirs suspendus au-dessus de l'eau, au coeur des brasiers. Et les formidables ruines de l'ancienne cité forte qui dominait la gorge, haussées sur un piedéstal de roc et tirées de sa flamboyante substance, semblaient un bûcher allumé depuis tous les temps passés et pour tous ceux à venir....
.... Ils longèrent, s'élevant toujours, flot torrentueux, cascades, tourbillons, rapides. La rivière étincelante les assourdissait de son chant de gloire. L'incendie sublime les suivait. Enfin, la pente se fit moins rude, la rivière plus calme. Les murs de roc enflammé s'élargirent. La vallée de Bamyan apparut d'un seul coup.
Sur son seuil, les voyageurs s'arrêtèrent encore. Cette fois, leur surprise n'était qu'enchantement. Une oasis immense, presque fabuleuse pour une altitude qui approchait de dix mille pieds, s'étalait devant eux. Elle était toute sillonnée par le vif-argent des eaux, toute verdoyante de massifs feuillus, de bosquets, de jardins, de vergers, toute semée de hameaux. A gauche, très loin et adoucies par la lumière du soir, des montagnes sauvages chevauchaient jusqu'au ciel. Sur la droite, contre la piste, continuait de s'élever la falaise empourprée.
Des troupeaux passaient que ramenait leurs bergers et des caravanes qui, au pas nonchalant des chameaux, s'en allaient à la rencontre de la nuit, pour camper. Des fumées commençaient à monter des maisons cachées par les arbres. Elles se firent plus serrées au-dessus d'une verdure plus dense. A ces deux signes, les voyageurs reconnurent l'emplacement du village de Bamyan. Alors, ils se sentirent tout recrus par la fatigue d'une longue route. le désir d'un gîte les saisit. Pourtant, un peu plus loin, ils firent encore halte.
Dans la vertigineuse muraille qu'ils côtoyaient, roc dressé à pic, lisse, et comme teint du sang le plus pur, ils découvrirent une ouverture aux dimensions prodigieuses. Et l'entaille n'étai tpas hasard naturel, mais oeuvre d'homme. Elle avait la forme d'un cube que dominait une sorte de coupole. Au fond, adossé à l'ombre, veillait un être colossal. Sa stature dépassait la hauteur de trois tours de guet, l'une sur l'autre posées. Son corps emplissait tout l'abri. La tête occupait toute la coupole. L'ovale en était rond et doux et sans visage. Il avait disparu, comme tranché. Le front, dans le clair-obscur de la niche semblait, cependant, vivre et penser.
Par les récits que les conteurs, voyageurs, caravaniers en avaient fait de siècle en siècle, Ouroz, Mokkhi et Zéré elle-même savaient qu'existaient à Bamyan des monuments immenses, élevés pour un ancien dieu du nom de Bouddha. Mais après tant de fatigues et d'épreuves, ils furent trrrifiés par cet être géant. Un cavalier n'était qu'un insecte infime auprès de la masse encastrée dans la roche flamboyante....."
Si vous n'êtes pas ou plus en vacances, offrez-vous ce voyage à travers l'Indou-Kouch en compagnie d'Ouroz, le "tchopendoz" fou d'orgueil, de son merveilleux cheval Jéhol et du tendre et fidèle Mokkhi, le "saïs" épris tout autant du bel étalon que de Zéré, la rusée bohémienne esclave.
Bonne et belle chevauchée.

jeudi 11 février 2010

Entrez dans la ronde...question 7

Rencontrer les auteurs:


Cela m'est arrivé. Hélas, l'homme ne vole pas toujours à la hauteur de sa plume!
Pourtant, lors de la rencontre avec un pour lequel j'avais et ai toujours une admiration sans bornes, c'est moi qui n'étais pas à la hauteur.
Je régnais en ce temps-là sur une petite boutique située au pied d'un immeuble où venait presque chaque jour Joseph Kessel. C'était un immeuble ...dont je vous reparlerai à une autre occasion ; il était fort bien habité.
Donc Kessel venait là visiter un ancien directeur de Paris-Match dont il était l'ami. Et moi, derrière ma vitrine, je regardais passer cet homme âgé duquel débordait le baroudeur qu'il avait été et je me disais :"Il faudrait que je lui dise à quel point j'aime ses livres!"
"Le Lion" dont encore aujourd'hui je ne peux lire les dernières pages,  qui avait enchanté mes douze ans et, ces années-là: "Les Cavaliers" - il aurait pu figurer dans les 'livres-cultes", mais puisqu'il est ici, ce sera un autre, faut être juste!-.
Donc , Les Cavaliers que j'avais offert à ma mère, afin de la distraire dans l'hôpital où on lui raccommodait une cheville. A ma visite suivante, le livre avait volé à travers la chambre en direction de mon sourire niais. Ceux qui ont lu le roman, comprendront sa réaction et déploreront mon manque de subtilité. Pour les autres, je n'explique pas, tant mon désir est grand de vous pousser à le lire.
Donc, Kessel passait, j'avais le bouquin sur mon bureau dans l'idée de lui demander une dédicace et chaque jour, je le laissais passer et me disais: "Demain; demain sans faute, je me lance!"
Et voilà qu'un jour, j'en ai encore les jambes qui flageolent... Kessel pousse la porte, laissant entrer une dame imposante et suivi de son ami Hervé Mille.
Dressée depuis l'adolescence à n' être pas intimidée par les "personnalités" (du moins à ne pas le montrer), je fais correctement mon boulot. La dame venait essayer des chaussures. Elle se comporte comme toute femme quand il s'agit de vêtir ses pieds, avec inconséquence et absence de logique et moi, comme une "chausseuse" responsable, désireuse de satisfaire à la fois sa coquetterie et son confort... c'est un dur métier...!
Les deux messieurs parlent entre eux, donnent leur avis sans trop se soucier de réduire à néant mes efforts, mais enfin... c'est Kessel! Il a le droit de déconner en matière de chaussant et d'anatomie du pied.
Enfin la dame achète ses chaussure, que règle Hervé Mille. "Les Cavaliers" étaient hélas, rangés dans l'arrière-boutique et je n'en ai pas parlé, on n'était pas là pour ça. Demain , me dis-je; maintenant qu'il est entré ici et que je lui ai parlé, ce sera plus facile.
Mais le lendemain, je n'ai pas vu Kessel, ni les jours suivants...
Quelque semaines plus tard, j'ai appris sa mort... 
Voilà! Mais tout de même... je l'ai rencontré....
P.