Voici deux ans, il est arrivé ceci :
Voilà ce que ça donne aujourd’hui :
En premier lieu, chacun sait que le Border
est le plus intelligent des chiens, aussi n’oubliez jamais qu’en cas de
mésentente ou d’incompréhension, ils ne viennent pas de la chienne mais de
vous-même qui ne savez pas vous expliquer.
Le Border possède des qualités innombrables sur lesquelles il
n’est pas utile de revenir tant sont légions ses admirateurs.
Reste à passer sur quelques défauts minimes
dont on a vite raison avec un peu de sens des négociations. La coercition est
contre-productive et sérieusement déconseillée ; en effet, en cas
d’engueulade, le Border s’affole, prend un air de chien maltraité propre à
culpabiliser le redresseur de torts pour la journée entière et même
au-delà ; le malheureux animal se réfugie alors sous un meuble et son
désespoir peut le pousser à en ronger frénétiquement les pieds.
Voici démasqué un des défauts : ronger,
dévorer. Bounty ne s’y est pas livrée, mais en revanche Félicie, pourtant
convenablement nourrie et jamais punie en raison de maladies infantiles lui
accordant toutes indulgences, Félicie à la forte dentition, s’y est livrée avec
ardeur. Un nombre important de godasses y ont laissé la vie ; des pieds de
chaises sont désormais customisés avec assez d’originalité ; des oreillers
ont paru être passés dans les griffes de Jack l’Eventreur et un édredon y a
laissé toutes ses plumes ; il m’a manqué ce jour-là un tonneau de goudron
pour rendre justice à la façon du juge Lynch.
Puis le temps a passé et au moyen de
quelques nonosses de substitution, la manie a disparu comme elle était venue.
Le nonosse, il le faut costaud, sous peine de devoir être remplacé toutes les
dix minutes. Le plus simple est de cuisiner régulièrement un pot-au-feu, l’os à
moëlle étant celui qui s’avère le plus résistant.
Passons maintenant au péché de jeunesse par
excellence, le pissou ; ici, dans la cuisine. Explication du
spécialiste : si elle fait là et pas ailleurs, c’est qu’elle est propre et
d’ailleurs, le border est un chien d’extérieur, pourquoi dort-il dans la
maison ? Oui, pourquoi ??? L’idée étant quand même de ne pas manier
le torchon avant le p’tit déj’, il a fallu agir.
Résolution du problème : blâme sévère
et privation de gâteries matinales. On
désigne le méfait d’un doigt vengeur et l’on éructe : « Cochon !
Qu’estafé là ??? Va te cacher !!! ». On a fini par en venir à
bout et il faut voir Bounty (c’était elle) courir le matin toute frétillante
dans la cuisine pour me montrer que tout va bien et qu’elle mérite une
récompense.
Tirer comme un bœuf sur la laisse ?
Normal ! Le Border n’a nul besoin d’une laisse qui entraverait son action
au cas où vous seriez en danger. Sa mission est de vous garder et de vous
protéger ; ne gênez pas ses mouvements… enfin !!! tout de même !!!
C’est d’ailleurs pour cette même raison
qu’il poursuit avec ardeur tout véhicule proche ou lointain (et quand le
véhicule a des phares allumés… ouch !!). Mais c’est également la raison
pour laquelle vous le tenez en laisse puisque vous aussi, à tort ou a raison
pensez que vous devez protéger votre chien. Il faut donc un peu de temps (et de
patience) pour décoder la situation.
Premièrement, expliquer que les véhicules à
roues, avec ou sans moteur, ne sont pas des prédateurs naturels de l’homme qui
lui a été confié ; qu’au surplus, l’homme n’est pas un mouton ou quelque
autre cheptel.
Dans un deuxième temps, lui confier autre
chose à garder, du genre baballe ou petit bâton ; après un temps
d’incertitude, confronté au dilemme chasser la voiture ou garder le bâton, le
border se souviendra qu’il est avant tout un gardien et renoncera à la chasse.
Alors vous en viendrez enfin au problème de
tirer sur la laisse, épisode qu’enseignent tous les manuels d’éducation
canine. Je pense qu’il serait judicieux
de le faire lire aux chiennes également.
Reste les objets variés rapportés et déposés
un peu partout. Le Border ne tente pas d’améliorer votre la décoration de votre
intérieur, pas du tout ! Il vous offre des cadeaux, des jouets, il aime
jouer et il vous aime ; il veut vous faire partager ses joies. Il vous
rapporte des petits bâtons, des lapins ou des oiseaux morts pour que vous vous
amusiez à les lancer au loin sans vous inquiéter ; il ne se lassera jamais
de vous les rapporter. Si vous trouvez ces jouets un peu salissants, dites-lui
que vous préférez les ballons par exemple, il ne se vexera pas… il aime tant à
vous faire plaisir !
Mais on ne peut pas jouer toute la journée,
le border le comprend parfaitement et n’hésitera pas à vous seconder dans vos
tâches ; aussi n’hésitez pas à lui confier vos outils ! A ce stade,
il est admis de tricher un peu : vous utilisez un stylo, confiez-lui un os
en caoutchouc ; il s’endormira le nez dessus tandis que vous écrirez et sa
conscience sera tranquille.
Ce chien si attentif a aussi besoin de
détente : offrez-lui un frisbee, il fera des cabrioles étonnantes.
Apprenez-lui quelques tours simples : faire le beau, saluer, donner la
patte (Bonjour madame, chez nous), rouler, faire des huit entre les jambes,
marcher en slalom et en mesure et plus si affinités…
Et n’oubliez pas les longues marches en
forêt, où il tentera bien de rassembler quelques biches ou chevreuils pour vous
les offrir ; rassurez dans ce cas le garde-chasse : le border
rassemble mais ne dévore pas (les chaises, oui ! les biches non !).
D’ailleur c’est un chien mieux toléré par les gardes forestiers que l’épagneul
ou le labrador…
Comment en finir avec cet hymne à la gloire
du Border ?... de manière abrupte puisque voici Bounty (c’est la noire)
qui arrive frétillante et armée d’un morceau de bois… assez écrit pour
aujourd’hui, il est temps de m’occuper d’elles…